Quatre poèmes II

Ce monde débordant de chiens n’est rien qu’un chien
Sauf la fidélité, l’humain a tout du chien
À table, on n’a ce soir ni sourire ni pain
C’est la fin du mois, ce monde est un fils de chien
Chez nous, l’ouvrier défoncé aux gaz toxiques
Sue et s’alcoolise et travaille comme un chien
Guerre, folie, séisme, mort et famine
Tous les médias n’ont que des nouvelles de chien
Musique et texte de chien, oreilles de chien,
Ces temps, le milieu de l’art a des goûts de chien
Le poids de vos regards torves accable mon cœur
Croyez-moi, les porteurs font un travail de chien
Repars de ta genèse, Adam ! Car désormais
L’habit humain habille tous les fils de chien
1383 / 2004 issu du recueil Samfoni-é revâyat-é qofl-shodé
« Symphonie d’un récit sous clef »
Si l’espace et le temps s’inquiétaient de ma vie,
Si toutes les étoiles arrivaient dans mon ciel,
Si les orateurs du monde à chaque tribune
de l’Orient ou de l’Occident parlaient ma langue
Si la terre et les nations étaient deux paires d’yeux
soucieux jour et nuit de mon petit univers,
Si le sot, le sage, le fou et l’analyste
étaient sans cesse à l’écoute de mon histoire,
Si, par égard pour mon éminente folie
ils ne se préoccupaient que de mon esprit
Ma solitude resterait irrémédiable
Si l’on compte que j’ai pour sœurs toutes les femmes.
13 Khordad 1393 / 3 juin 2014 issu du recueil Zarbân, « Coups »
La peur a mangé la langue des rébellions
Aucun vaillant cœur n’ose plus chanter chanson
Pour me sentir adorée par une foule
J’ai mis des miroirs aux parois de ma maison
Aucun recoin n’est exempt d’étoile à mon nom
Je traîne pourtant les maux du Moyen-Orient
Ma peine poétique est loin d’un gagne-pain
Mais je dois l’expier quand même, grain par grain
Addition salée et publication sucrée
Comment aimer ce siècle, quand on est poète ?
23 Dey 1394 / 13 janvier 2016 issu du recueil Râvieh, « Narratrice »
Tes contours étaient certes flous mais, aussi, justes
Ma Vie ! Ton être – au premier souffle – était juste
Avant : rien. Mais après toi : quelle gratitude
Avec toi, la création semble enfin juste
Ton être est ma joie, ton absence me tue !
Les fables sur le ciel et l’enfer étaient justes
Mon bon sens réprimait mes cinq sens insatiables
T’embrasser était une erreur, une erreur juste
Pour mon cœur sans raison d’être, devenir mer
Dans ton ampleur – Amour incarné ! – était juste
La poésie de tout temps loue tes yeux
Depuis des milliers d’ans, Maryam avait vu juste
Sur moi-même, je n’écris que des hyperboles
Mais sur toi, mes éloges touchent toujours juste
1 Khordad 1397 / 22 mai 2018 issu du recueil To, rahâ bâsh o dust dâshté bâsh, « Toi, abandonne-toi et aime »
