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Quatre poèmes

Maryam Jafari Azarmani
Représentation graphique d’un papillon qui, à y regarder de plus près, se compose de flammes et de corps féminins entrelacés.
© Parastou Forouhar, Blue Girl; Faisant partie du projet multimédia Papillon, composé de dessins numériques, de papier peint, d’objets et d’animations. Série de 8 dessins numériques, tirage numérique sur Photo Rag.

Deux poèmes tirés du premier recueil de poèmes Symphonie d'un récit sous verrous (Éditions Mina, 2006)

Je suis poète, non pas stylo ; je suis venue au monde encre
Prise dans mes réflexions, je suis née la tête en avant
Mon destin était humain, qu’une vie me rive à la terre
Mon âme était colombe, mais je suis née privée d’ailes
D’orange et de gris de cendre ; l’automne est couleur du feu
Jour et nuit dans ce feu je brule, je suis venue au monde flamme
Non ; même la mort ne pourra étancher cette soif de vie
Et je mourrai en (homme) brave, même si je suis née fille

Hiver 1383 (2004-2005)

Ces derniers temps on raconte que Dieu s’est perdu
Dans la nuit des oraisons, le chapelet de prière s’est perdu
Une voyante en regardant dans ma paume ensanglantée
a dit : le sentiment, dans votre religion, s’est perdu
Cordes vocales blessées ! Acclamations découpées ! Ne crie pas
Dans le méandre de la vallée où l’écho de la voix s’est perdu.
Comme nos nuages sont arides, stériles de pluies !
Dans la fumée bourdonnante de l’air, le vent s’est perdu
Je voudrais pouvoir m’envoler loin de ce cercle
Car c’est comme si dans cette courbe, Dieu s’était perdu

Mordâd 1376 (juillet-août 1997)

***

Deux poèmes du recueil inédit Poèmes de femme à femme écrits à Téhéran et à Genève entre 2022 et 2024

Salue mon corps, jeune fille - ah ! Miroir !
Belle Sara ! Ô miroir immaculé !
Semblable à moi, lisse partout, simple, et seule partout
Toutes les nuits fixant mon reflet ! Ah ! Miroir !

Toi tu es captive de la patrie, moi je suis captive de l’exil
Je vais te cacher dans la conscience de l’exil
Je vais t’enlacer de loin, pour soigner
cette blessure infiniment profonde de l’exil

Ton coeur est la taverne, pleus bouteille après bouteille !
Ma gorge blessée a soif de toi ! Pleus toujours !
Sans ton existence, je cours à ma perte, jeune fille !
Sois mon arbre unique à moi, et pleus de racine en racine !

C’est l’éternité que de devenir un mythe dans ton étreinte
Car tu n’es pas mon amie, tu es ma femme

3 octobre 2023, Genève

Maryam qui meurt pour toi
est réanimée par ton sourire
Tu es mon cher avenir, jeune fille !
Le coeur repart toujours, comme à son habitude

La folle qui se trouve en Europe,
est folle de toi, qui es iranienne
Mon Iran inégalable, ô Sara !
Je t’ai appelée mon âme ? C’est peu ! Car tu es l’Âme des âmes.

De tes yeux noirs et tristes -
Je suis tombée amoureuse, car l’amour est en deuil
Vas-y fâche-toi, traite-moi pire qu’un chien
Maryam elle-même se hait en ces termes

Jeune fille ! C’est toi la patrie que je n’ai pas
Les nuits où tu t’introduis dans mes rêves
Je t’embrasse, image de l’impossible !
Dans le combat corps à corps où tu t’emmêles

9 octobre 2023, Genève

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